Présidentielles

Publié le 24 Juin 2006

Présidentielles : Rupturette alter-européiste
ou affrontement de classe avec le grand capital ?
Une analyse de Georges Gastaud, auteur de la « Lettre ouverte aux ‘Bons Français’ qui assassinent la France » à propos des déclarations de José Bové au J.D.D.
Diverses organisations de gauche ayant appelé à voter Non le 29 mai 2005 ont récemment mis en place un « comité d’initiative nationale » pour « construire des candidatures communes aux présidentielles et aux législatives » et, a précisé Cohen-Séat parlant au nom du PCF, « à toutes les élections ».
Unité pour faire quoi ?
Les électeurs du Non progressiste et républicain pourraient se réjouir de ce projet d’apparence unitaire si cette annonce n’avait pas en réalité exacerbé la concurrence entre les appareils de la petite gauche, tous désireux de confisquer pour leur chapelle l’éventuelle candidature unitaire de la « gauche de la gauche » à la présidentielle… Etrangers au sectarisme, les militants franchement communistes pourraient également se féliciter de l’existence de ce collectif « unitaire » s’ils n’y voyaient pas poindre à nouveau l’ombre de ce Pôle de radicalité que G. Marchais dénonçait naguère comme un « projet liquidateur » émanant de ses contestataires droitiers, les « refondateurs » (ceux-ci n’ont jamais fait mystère de leur volonté de parachever la dissolution du PCF mutant dans la « petite gauche »). Mais au-delà de ces aspects politiciens plus ou moins reluisants, cette recherche d’unité pourrait créer une vraie dynamique… si elle prenait appui sur un projet de rupture avec l’Europe du capital, un projet réellement concerté entre TOUTES les forces réclamant de la rupture avec l’eurolibéralisme, qu’il s’agisse des altermondialistes et autres « alter-européistes » du PCF, de la LCR, de LO, d’ATTAC, etc., ou des partisans progressistes et républicains de la souveraineté nationale.
Unilatéralisme et… « alter-ouisme »
Or c’est l’inverse qui se produit, de manière peu responsable : la manière dont José Bové vient d’acter sa « candidature à la candidature » (JDD, 28 mai 06) est symptomatique de la volonté de certains militants altermondialistes d’imposer leurs vues sous couvert d’union. Bové propose d’abord comme socle de sa candidature « unitaire » un « plan d’urgence et d’intégration sociale pour les plus démunis », c’est-à-dire en réalité, un nième plan de traitement social du chômage. Bien entendu, cet « anti-productiviste » à tous crins n’a pas la moindre idée de la manière dont on peut rétablir le plein emploi en France, en reconstituant un large secteur public industriel, bancaire et de service et en planifiant une ré-industrialisation du pays qui tienne compte des impératifs sociaux, technologiques et écologiques.
Alter-flexibilité
Bové propose ensuite d’ « assortir le contrat de travail d’une Sécurité sociale professionnelle » pour que les salariés ne soient plus « nécessairement (!) la variable d’ajustement pour les actionnaires »… dont il ne conteste évidemment pas la sacro-sainte propriété sur les entreprises… Or ce projet de sécurité professionnelle qui accorderait à chaque salarié un « filet de protection » individuel financé par le contribuable (c’est-à-dire par les salariés eux-mêmes !) n’est qu’une manière de rebaptiser la « flexisécurité » qui permet aux patrons danois de licencier et de délocaliser à volonté, de liquider les garanties collectives, de faire une croix sur la sécurité (tout court !) de l’emploi et sur la revendication historique du mouvement ouvrier : le droit au travail pour tous, irréalisable il est vrai sans la socialisation des moyens de production et la planification démocratique du développement économique…
Zorro de la constitution européenne
On peut saluer la volonté de Bové de rétablir la « proportionnelle aux législatives », mais c’est un peu mince pour changer la vie à Vaulx-en-Velin ou à Saint-Affrique. De même, le « moratoire sur les OGM » proposé par Bové paraît bien timide. Enfin, Bové apparaît ici pour ce qu’il est, et avec lui les autres leaders de l’ « alter-européisme », un sauveur du principe de la constitution européenne et de l’Europe fédérale voulue par le MEDEF et ses relais de l’UMP, de l’UDF et du PS. Bové propose en effet que « les prochaines élections européennes soient constituantes », au risque de liquider les nations souveraines, sans même que les peuples concernés aient eu la possibilité de se prononcer sur l’abandon définitif de leur souveraineté ! (Qui va décréter que le parlement européen, et non la nation française est « constituant », donc souverain à la place du souverain ? Cette proposition est un vrai putsch contre la souveraineté du peuple français !). Du moins Chirac a-t-il eu la décence de consulter le 29 mai 2005 peuple français sur sa dissolution en tant que peuple souverain (le TCE établissait le primat constitutionnel des décisions communautaires sur les décisions nationales), même si après le 29 mai, le président désavoué s’est assis cyniquement sur le suffrage universel en ne retirant même pas sa signature sous le TCE rejeté par la nation !
Touche pas à Maastricht
Tant sur le fond que sur la forme, les propositions de Bové sont inacceptables. Sur la forme, parce que Bové rejette d’avance toute unité d’action avec les républicains de gauche qui militent pour la souveraineté du pays (alors que lui-même, dans le secteur agricole qui le nourrit, a la prudence de revendiquer… la « souveraineté alimentaire » !). Il était pourtant possible, sans trancher le débat de principe entre les souverainistes et les fédéralistes de gauche (sic) qui ont voté Non, de s’entendre sur ce minimum : l’abrogation des traités de Maastricht et de Nice qui, en amont de la constitution européenne, se réfèrent déjà explicitement à la « concurrence libre et non faussée » et à « l’économie de marché ouverte sur le monde », c’est-à-dire à une politique économique totalitaire qui oblige la France à se dissoudre dans le turbo-capitalisme mondial.
Haro sur l’économie productive… dans les pays riches !
C’est proprement se mentir à soi-même que de promettre un changement de politique si l’on refuse de réaffirmer qu’en toutes circonstances, un vrai président devrait préférer, comme le fait Chavez, le choix souverain de ses électeurs aux diktats des traités supranationaux et néolibéraux. En outre, aucun gouvernement progressiste n’aura la moindre chance de réorienter la politique économique dans un sens social et écologique s’il ne commence par annuler toutes les contre-réformes maastrichtiennes de l’UMPS (décentralisation, sécu, retraites, école, travail de nuit des ouvrières, CNE, privatisations…), par interdire les délocalisations, par reconstituer la souveraineté monétaire de la France (condition de sa souveraineté budgétaire), sans envoyer promener les « critères de convergence » qui plombent le pouvoir d’achat et le budget des services publics, sans reconstituer un large secteur public industriel, financier et de service permettant de planifier démocratiquement et nationalement la reconquête de l’emploi… productif. A moins que Bové ne se satisfasse d’expédier définitivement la production industrielle que nous consommons ici en Asie, en Europe de l’Est et dans le tiers monde, où l’industrie opère dans les conditions les plus polluantes et antisociales qui soient (étrange « mondialisme » qui se lave les mains de ce qui se passe à l’autre bout de la planète et se satisfait de voir la France devenir une zone économique parasitaire où des millions de paysans, de pêcheurs et d’ouvriers seront réduits à faire de la figuration économique sous « filet de protection » pendant que l’exportation impérialiste des capitaux recevra la bénédiction de la « gauche de la gauche » au nom de la pureté de l’air (qui rappelons-le, circule autour du globe !)…
« Mouton noir » ou couscous « Royal » ?
En réalité, même s’il prétend être prêt à « aller à l’Elysée » (pour diriger une nation en laquelle il proclame ne pas croire ?), la candidature Bové n’a d’autre sens que de peser sur le PS au second tour et aux élections suivantes. Au nom de « l’Europe sociale », l’inconsistant mythe politique qu’il partage avec le PS comme avec le PCF mutant, les refondateurs et la LCR, Bové n’envisage qu’une candidature de pression de la « gauche de la gauche » sur la « droite de la gauche »… sans prendre la mesure de l’engagement néolibéral et autoritaire du PS.
« Rupturette » alter-européiste
Force est hélas de constater qu’à l’heure actuelle, aucun secteur de la petite gauche alter-européiste n’ouvre de vraie perspective unitaire, clairement en rupture avec Maastricht, respectueuse du Non progressiste en sa diversité, indépendante du Parti social-ouiste. Ce n’est pas ainsi qu’on respecte les électeurs du 29 mai ni la composante anticapitaliste du mouvement anti-CPE. Le PRCF le regrette d’autant plus qu’il avait, sans illusion mais dans un esprit d’ouverture, proposé une rencontre informelle à J. Bové… sans recevoir de réponse. Au nom de « l’unité des forces anti-libérales » ?
Militants franchement communistes, progressistes et républicains, concertons-nous !
Il est urgent que le PRCF et les autres forces franchement communistes, franchement progressistes et anti-Maastricht, se concertent pour déverrouiller le débat politique cadenassé par l’UMPS et ses supplétifs. Le PRCF qui a rencontré ces derniers mois le Comité Valmy, la Libre Pensée, Georges Sarre, l’UFAL, est prêt à tous les contacts nécessaires.
L’essentiel : s’expliquer avec la Gauche d’en bas sur les conditions de la « rupture à gauche »
Le PRCF continuera sa campagne d’explication à la base sur les conditions programmatiques minimales d’un changement politique au profit des travailleurs et des autres victimes du grand capital.

Rédigé par G.Gastaud

Publié dans #Infos Locales

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